Pierre Gandossi, fondateur du site, nous présente un support simple qui permet de comprendre en peu de temps l’intérêt et l’originalité de la démarche d’Efficience Emploi.

Cette méthodologie donne les éléments d’information et d’analyse aux décideurs (publics ou privés) pour évaluer les politiques et les actions menées dans les domaines de l’emploi, de la formation, de l’insertion et de la création d’entreprise. Ces indicateurs se complètent et essaient de former un tout cohérent.

Pour évaluer un projet, une action, un dispositif ou une organisation dans les domaines clés qui nous intéressent ici, il faut utiliser une grille de lecture simple et compréhensible par le plus grand nombre.

L’emploi de plusieurs indicateurs est nécessaire. Ceux-ci permettent de se faire une idée assez précise des atouts et des faiblesses de l’objet étudié.

De préférence, il est conseillé d’utiliser les mêmes indicateurs pour effectuer des comparaisons et des évaluations viables. Cependant, des critères supplémentaires peuvent s’appliquer à certaines actions ou structures spécifiques afin de mieux cerner les causes et les conséquences de leurs dysfonctionnements ou de leurs succès.

La démarche d’Efficience Emploi est en mesure de signaler les actions, les dispositifs et les organisations les plus efficientes en matière d’accès à l’emploi. Elle consiste à rassembler un certain nombre d’informations sur leurs activités (objectifs visés, publics concernés, résultats obtenus, moyens attribués et méthodes employées).

Faute d’éléments tangibles, voire de transparence, il est évident que pour se faire une réelle opinion de l’action, du dispositif ou de la structure considérée, certaines informations ne sont pas commodes à obtenir. Dans ce cas, l’indicateur relié aux critères manquants est défalqué et vient minimiser la portée globale de l’évaluation.

Il est possible que cette démarche provoque des oppositions ou des résistances autant auprès des porteurs de projet, des dirigeants que des salariés. Beaucoup de nos interlocuteurs n’ont pas l’habitude d’être évalués sur des bases aussi précises estimant que le volontarisme politique et les qualifications professionnelles suffisent à leur crédibilité.

Nous pensons faire œuvre utile en incitant petit à petit les acteurs de la lutte contre le chômage à communiquer en toute clarté sur leurs activités, notamment sur leurs coûts et leurs résultats. Cette démarche nous conduira peut-être à la constitution d’un label officiel, des actions les plus efficaces et les moins coûteuses en matière d’accès à l’emploi.

La recherche de l’efficience dans notre cas précis est simple. Elle ne se fixe pas pour objet de remettre en cause les réseaux en place, les organisations professionnelles et les syndicats de salariés, nombreux à défendre, l’emploi, la formation et l’insertion. Elle est avant tout une manière de voir, ouverte, au service de tous, signifiant clairement que les actions et les organisations qui luttent contre le chômage ne doivent pas reposer essentiellement sur une culture inconditionnelle de la dépense publique.  Contrairement aux idées toutes faites, certaines aboutissent à des résultats réels pour un moindre coût et une plus grande efficacité. Toutefois, parce qu’elles ne sont pas reliées à des subventions systématiques ou au soutien de l’administration, les pouvoirs publics éprouvent des difficultés à les reconnaître à leur juste valeur…

Notre volonté n’est pas seulement de faire découvrir des actions, des structures et des personnes exemplaires, il est question aussi de repérer les principaux obstacles qui empêchent les projets, les activités et les organisations d’être plus efficaces et moins coûteuses socialement pour la collectivité. Une évaluation active ne se conclut pas forcément par un manque de moyens : ni le public ni le privé ne détiennent la vérité sur ces sujets ; ce sont souvent des valeurs partagées, des idées nouvelles, des initiatives multiples et  des expériences assumées qui font le lit des compétences sur un territoire ou dans une structure donnée.

Domaines clés : emploi, formation, insertion et création d’entreprise

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Présentation de nos cinq indicateurs : les cinq indicateurs retenus sont composés chacun également de cinq critères d’évaluation

 

1/ les critères de situation ou de contexte sont ceux qui définissent le mieux la situation sociale et économique du public visé par l’action ou l’organisation mise en place pour lui venir en aide. Ils soulignent clairement les difficultés plus ou moins grandes rencontrées par l’opération ou la structure concernée. Ils reflètent en pourcentage les tenants et les aboutissants d’une population touchée plus que les autres par l’instabilité professionnelle et le paupérisme :

  • Nombre ou % de personnes ayant un niveau de formation inférieur au BAC
  • Nombre ou % de personnes ne payant pas l’impôt sur le revenu
  • Nombre ou % de personnes bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) ou vivant en dessous du seuil de pauvreté (50% ou 60% du salaire médian)
  • Nombre ou % de personnes résidant dans une zone urbaine sensible (ZUS) et dans une zone rurale ou semi-rurale. Tenir compte de l’éloignement et du moyen de locomotion entre le domicile et le lieu de travail
  • Nombre ou % de personnes au chômage depuis plus d’un an.

 

2/ les critères d’activité sont ceux qui décrivent le mieux l’action proprement dite ou l’activité de l’organisation concernée. Ils démontrent le caractère utilitaire de l’opération ou de la structure mise en place pour répondre aux besoins et aux attentes du public sans emploi :

  • Nombre ou % de personnes concernées par l’opération, le dispositif ou la structure
  • Nombre ou % de personnes nouvelles entrées dans la mesure, l’opération, le dispositif ou la structure
  • Nombre ou % de personnes suivies grâce à la mesure, l’opération, le dispositif ou la structure (dans les 6 derniers mois)
  • Nombre ou % de personnes accompagnées grâce à la mesure, l’opération, le dispositif ou la structure (4 entretiens individuels dans l’année ou un accompagnement renforcé, jalonné de rendez-vous hebdomadaires durant 3 mois, 6 mois ou 9 mois avec un conseiller à l’emploi ou un chargé d’insertion)
  • Nombre ou % de personnes formées grâce à la mesure, l’opération, le dispositif ou la structure.

 

3/ les critères de résultat sont ceux qui déterminent le mieux les résultats obtenus en matière d’accès à l’emploi et de formation. Ils indiquent avec plus ou moins de précision les chiffres qui ont permis à l’action ou à l’organisation de caractériser le bien-fondé de sa démarche au service des demandeurs d’emploi :

  • Nombre de personnes ou % du groupe ayant créé leur emploi ou trouvé un emploi durable en CDI ou en CDD de plus de 6 mois, à temps plein ou à temps partiel. Faire la même évaluation après 12, 24 et 36 mois. Distinguer les emplois marchands des emplois non marchands dans une logique respectivement de 80 et 20%, à l’image de la répartition du marché du travail en France
  • Nombre de personnes ou % du groupe ayant trouvé un emploi en CDD de moins de 6 mois, à temps plein ou à temps partiel. Faire la même évaluation après 12, 24 et 36 mois.
  • Nombre de personnes ou % du groupe ayant trouvé un emploi en CDD de moins d’un mois
  • Nombre de personnes ou % du groupe ayant suivi une formation professionnelle et obtenu un diplôme ou une certification professionnelle
  • Nombre de personnes ou % du groupe ayant signé un : contrat aidé (CUI/CAE, CUI/CIE, contrat apprentissage, contrat de professionnalisation, contrat de génération, emploi d’avenir, contrat de mise à disposition en Association Intermédiaire, contrat à durée déterminée d’insertion en Entreprise d’insertion (CDDI), etc.

 

4/ les critères d’efficience et de bonne gestion sont ceux qui résument le mieux l’efficacité de l’action ou de l’organisation concernée en termes de maîtrise des coûts et d’équilibre financier. En effet, ce n’est pas forcément l’opération la plus onéreuse ou l’organisation la plus dépensière qui obtient les meilleurs résultats. L’idéologie bien-pensante préfère s’abstenir sur le sujet. Elle estime, de peur d’être impopulaire, que l’accès ou le retour à l’emploi ne sont pas des critères mesurables devant être accolés aux résultats financiers, la performance sociale étant, par principe, antinomique avec la réussite économique. Or il n’y a rien de choquant, par exemple, à calculer le coût moyen annuel par personne d’un programme, d’une action ou d’une organisation. Des ministères, des institutions et des entreprises utilisent cet indicateur pour freiner ou promouvoir certaines de leurs orientations ou déterminer le prix moyen de l’un de leurs produits ou de leurs services. Il n’y a rien d’indigne non plus à diversifier ses sources de financement afin de dépendre le moins possible d’un seul mécène ou d’un seul « client ». Il n’y a rien de révoltant enfin à dépenser mieux simplement pour peser un peu moins sur les épaules du contribuable :

  • Diviser les charges totales d’une opération, d’un dispositif ou d’une structure par le nombre de bénéficiaires (très instructif pour connaître le coût réel d’une opération)
  • Confronter le total des charges par rapport au total des produits. Si les charges sont supérieures aux produits, pour des raisons de mauvaises gestion ou de retards de financement, l’existence de réserves ou de provisions permet d’équilibrer temporairement les comptes annuels. Cela évite des coupes brutales dans les dépenses ou des suppressions de postes. Hélas, au quotidien, la comptabilité publique est une comptabilité de flux (recettes et dépenses) qui ignore le plus souvent la notion de réserve: l’argent budgété doit être dépensé dans l’année en cours. Au diable l’avarice, à cause de cette impossibilité à freiner les dépenses lorsque cela est justifié, sauf accord du législateur ou du donneur d’ordre public, maintes structures qui reçoivent des fonds publics sont confortées dans leur mode de fonctionnement dispendieux, conséquence d’une économie administrée et planifiée qui n’admet pas d’être prise au dépourvu. Selon l’économiste Jacques Bichot (*) « la compréhension des comptes publics est devenue quasiment impossible. Elle n’incite pas à réduire les coûts mais plutôt à tirer la couverture à soi pour obtenir le maximum d’affectation de crédits ou de ressources discrétionnaires. Les mécanismes de financement publics sont devenus tellement difficiles à cerner que plus personne ne sait comment si prendre pour faire des économies », observe-t-il. Quand il s’agit des marchés publics, le problème des délais de paiement reste sensible, mais il se pose avec moins d’importance que pour des subventions. Se pose, en revanche, la question de la pertinence du processus: est-il toujours adapté aux actions et aux structures qui ont pour objet l’insertion des publics en difficulté? La réponse est non. Les subventions dans bien des cas nous paraissent plus appropriées. Lesquelles devraient être attribuées selon un certain nombre d’indicateurs clés, à l’image de ceux que nous présentons ici sur notre site. Dans les faits, quelle que soit la méthode employée, pour l’instant, l’efficience est loin d’être une priorité. On n’a pas appris, hélas, aux agents publics à rechercher le meilleur rapport coût/efficacité. Ils ont été formés à planifier, dépenser et exécuter, alors qu’il aurait été sage aussi de leur enseigner la gestion et l’évaluation de leur travail. Le moindre écart entre le prévisionnel et le réalisé est considéré comme une erreur de gestion ou comme de l’argent public mal utilisé, alors que n’importe qu’elle organisation est soumise à des aléas ou des imprévus. La séparation des pouvoirs entre le législatif et l’exécutif ne doit pas être un frein à la responsabilisation des acteurs, quels que soient leurs niveaux de décision. Elle ne doit pas bloquer les initiatives, en particulier lorsque celles-ci recherchent la maîtrise des coûts et une plus grande efficacité. Dans l’administration, nous vivons dans un monde particulier où personne n’a véritablement appris à faire des économies pour le bien de tous.
  • Diviser les fonds propres ou les réserves par le total des dettes à moyen et à long terme. Les comptables appellent cela la marge d’autofinancement dans le but d’apprécier et de valoriser ou de mettre dans la lumière les services qui dépensent le moins, sans rogner sur leurs activités et leurs résultats
  • Distinguer la part des produits de chacun des financeurs et évaluer votre degré d’autonomie, en particulier lorsqu’ils regroupent des clients publics et privés
  • Comparer ces données à d’autres actions ou structures du même ordre ayant des activités proches ou des finalités identiques et repérer les avantages et les déficiences de chacune.

5/ les critères de qualité sont ceux qui illustrent le mieux auprès du public la valeur des services rendus, notamment en termes d’accueil, de relation et de disponibilité. On peut les recueillir sous forme de questionnaire ou de sondage. De préférence, il faut aussi avoir accès au rapport d’activités et aux statistiques de la structure. De cette façon, il est possible de sortir les critères quantitatifs permettant d’obtenir une qualité de service indéniable, bien que rien ne soit garanti :

  • Recueillir l’avis du public sous forme de questionnaire de satisfaction, sondage ou témoignage
    PIERRE GANDOSSI, fondateur du site EFFICIENCE EMPLOI
  • Identifier les plages d’accueil (jours et horaires d’ouverture) et les nombreux services personnalisés ou collectifs en libre accès ou sur rendez-vous
  • Quel est le % de salariés en contact direct avec le public par rapport à l’ensemble du personnel de la structure
  • Déterminer le nombre de demandeurs d’emploi suivis par un conseiller ou formés par un formateur (calculer le nombre de personnes en contact avec le même interlocuteur au sein de la structure). Attention, quantité et qualité ne riment pas toujours avec efficacité. Une observation plus fine est nécessaire pour savoir si le dispositif ou la structure en question permet de trouver un équilibre entre les deux, une véritable efficience dans son articulation ou son fonctionnement. En pratique, des projets peuvent échouer: soit parce qu’ils sont trop financés, soit parce qu’ils ne le sont pas assez
  • Mesurer la capacité de l’action ou de la structure à coopérer avec son environnement, c’est-à-dire à collaborer avec d’autres partenaires. Faire en sorte que l’action publique ne se marche pas sur les pieds aux frais du contribuable. La concurrence se discute surtout lorsqu’elle s’opère sans discernement entre acteurs publics, plus précisément entre l’État et les collectivités locales, mais également entre les collectivités locales elles-mêmes. Elle génère des doublons inutiles. Or un vrai partenariat où chaque échelon politico-administratif est complémentaire de l’autre peut donner d’excellents résultats. Pour cela, il faut reconnaître le travail de chacun et se donner des objectifs communs. Ce qui est rarement le cas. Chaque échelon veut imposer ses projets et son mode de fonctionnement.

Tous ces indicateurs peuvent être pondérés en fonction de la conjoncture économique. Si le chômage est élevé, il serait logique que les critères de résultat (3) et de qualité (5) soient favorisés, donc mieux financés, puisqu’ils englobent à la fois le taux de sortie en emploi et en formation et la qualité de l’accompagnement effectué. Si le chômage est moins élevé, il serait normal que les critères de contexte (1), d’activité (2) et de résultat (3) soient privilégiés et donc mieux financés, car ils permettent d’aider en priorité les publics les moins qualifiés, les plus souvent au chômage.

Pour ce qui est des critères d’efficience et de bonne gestion (4), il nous semble suffisamment explicites. Quelle que soit la conjoncture, leurs applications suffiraient à maîtriser les coûts parfois prohibitifs des politiques de l’emploi et le manque de clairvoyance qui initie leur mise en œuvre.

 

Efficience Emploi le, 21 janvier 2016

 

Pour en savoir plus: allez dans la rubrique notre démarche

(*) Le Labyrinthe, Compliquer pour régner, Jacques Bichot, Manitoba/Les Belles Lettres, mars 2015